• LA GRUE (3/3) - Gnose

     

    1. HARMONIES DE JÂBIR

     

     

    Mais voilà encore un fait remarquable : le triangle (51, 52, 53) entre dans la composition du plus petit tétraèdre de Héron. Soit le plus petit tétraèdre :

    • dont les faces soient des triangles de Héron
    • et dont le volume soit encore un nombre entier.

     

     

     

    LA GRUE - X, Y, Z

     

    C’est l’insertion, au sein de ce tétraèdre minimal, du plus grand côté 117 sur le triangle d’aire 1170 (surface du Paradis) qui prend pour nous l’aspect d’une pure résonance de l’éther numérique-chimique : ce qu’on pourra interpréter, par exemple, comme un « déploiement réglé » du Principe : le jardin originel se devient monde matériel. Cette présence affirmée du nombre 117 suggère une qualité de pilier du monde matériel. Et nus allons chercher à montrer que le tableau périodique de la chimie contient en fait exactement 117 éléments.

     

    Il existe plusieurs manières de représenter l’organisation périodique des éléments chimiques qu’a découverte Mendeleïev ; la plus courante est donnée par une Table rectangulaire qui possède dans la culture occidentale le statut sacré d’une icôneCe tableau indique l’existence de 118 éléments. Le 118, appelé Oganesson (Og) aurait même été fabriqué en laboratoire. Alors pourquoi parlons-nous de 117 éléments ?

     

    Notre intention n’est pas de réfuter l’existence de l’Oganesson, mais plutôt d’insister sur l’existence d’un hiatus théorique après le 117. Ce qu’on peut exprimer par la proposition suivante : seules 117 entités minérales sont théoriquement stables ; au-delà ne peuvent exister que des éléments instables. Au terme de notre enquête, nous serons amenés à placer l’entité 118, non pas à la fin, mais aux confins des éléments chimiques. Comme si elle était un « zéro logique » plus qu’un élément chimique.

     

    Nous avions jadis relevé une phrase curieuse, affirmant que 117 serait « le nombre d'éléments constitutifs — d'atomes — dont notre Terre serait composée, peut-être même au niveau solaire selon le druidisme ». En dépit de l’impossibilité de trouver la source cette information (et de nos réserves sur la transmission du druidisme) nous devons avouer que nous y avions alors reconnu une « vérité ».

     

     

    Mouvement scalaire

     

     

    La possibilité de justifier cette intuition ne s’est offerte que récemment, par la découverte d’une théorie physique, ou plutôt d’un « système de théorie » alternatif (Reciprocal System of Theory) élaboré par le chimiste américain Dewey Larson. Notre ambition n’est pas de présenter ici l’architectonique de cette théorie, ni d’insinuer qu’elle apporte une réponse définitive aux énigmes de la physique. Par une présentation sommaire, nous voulons simplement montrer qu’elle supporte une compréhension harmonieuse du système atomique.

     

    Le système de Larson s’appuie sur une idée majeure : l’existence d’un mouvement scalaire. Les mouvements auxquels nous pensons spontanément ont lieu dans l’espace tridimensionnel. La manière la plus efficace d’évoquer le mouvement scalaire est de recourir à l’image d’une sphère qu’on gonfle.

     

     

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    De toute évidence il s’agit d’un mouvement — et on pourra se persuader qu’il n’est pas du même type que les mouvements auxquels nous sommes habitués. S’il possède bien une magnitude, il n’a aucune direction particulière : c’est n’est pas un vecteur, mais un simple scalaire.

     

    La théorie de l’expansion de l’univers a bien mis le doigt sur ce mouvement omnidirectionnel ; mais c’est probablement parce que ce mouvement scalaire n’est pas entièrement représentable dans un système de coordonnées qu’il n’a pu être reconnu comme une espèce de mouvement à part entière. Dewey Larson introduit donc un bouleversement : l’expansion de l’univers n’est pas un effet des forces dans l’univers mais une donnée primitive de l’espace-temps, qui structure la mécanique. On peut sentir que cette problématique concerne au plus près le hiatus entre cosmologie et mécanique quantique dans la physique moderne.

     

    Larson construit son univers à partir d’un postulat : la substance physique est composée uniquement de mouvement, possédant 3 degrés de liberté scalairesAttention, il n’est pas ici question d’un objet dont on décrirait le mouvement par 3 coordonnées dans un référentiel de l’espace ; il s’agit d’identifier la substance elle-même à un triplet de nombres absolus. 

     

    L’ontologie du système tient alors dans le codage X—Y—Z. Ces lettres prennent des valeurs entières, et représentent un différentiel par rapport à la vitesse de la lumière. La substance physique correspond aux modes par lesquels la lumière s’enchevêtre. Les premiers éléments générés par ce codage ne possèdent pas de mouvement selon Z, et sont identifiés aux gaz nobles de la chimie.

     

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    Les gaz nobles forment la colonne vertébrale du tableau périodique, et ils sont chacun parent d’une famille d’éléments, dont le multiplicité est déterminée par une règle simple dépendant de X² et Y² (que le lecteur pourra facilement trouver). Nous donnons ci-dessous le matricule des dix premiers éléments.

     

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

      

     

    En faisant figurer la Tétraktys aux côtés de la « colonne vertébrale » des gaz nobles, nous voulons faire remarquer que le rapport X:Y de ces derniers se déploie dans une alternance entre intervalles musicaux primitifs (octave, quinte, quarte) donnés par la Tétraktys — et base (unisson).

     

    Que se passerait-il avec l’élément 118 ? Il serait codé par 5—4—0. Un rapport musical assurément, un intervalle de tierce majeure. En réalité, tous les « gaz nobles » imaginables seraient codés par des rapport superpartiels n / n+1 qui sont la forme canonique des intervalles musicaux.

     

     

    Genèse musicale

     

     

    Il n’est évidemment pas dans notre intention de nier le caractère musical de la tierce, mais simplement de faire remarquer que le pythagorisme n’y reconnaît pas un intervalle de même éminence que la consonance absolue (unisson) et que les trois consonances parfaites (octave-quinte-quarte) : la tierce appartient (avec la sixte) aux consonances dites imparfaites

     

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    Qualité

     

     

    Nous avons assigné à chaque catégorie une qualité métaphysique.

     

    • classiquement nous attribuons l’Abîme à la Monade (unisson)
    • de même que le Plérôme à la Tétraktys (co-extensive aux trois intervalles parfaits)
    • le nombre 5 qui caractérise le numérateur des intervalles imparfaits (5:4 et 5:3) apparaît comme limite de la Tétraktys. 

     

    En effet,  la Décade (10) est précisément centrée par ce nombre (5) qui n’est encore que latent sur le plan de son développement Ordinal (1+2+3+4). Au sens général, une limite adhère à un objet sans lui inhérer. Pour qu’une enveloppe frôlant un objet  possède aussi une propriété d’adhérence, il faut qu’intervienne une condition supplémentaire, une « mise au diapason » entre cette enveloppe et le coeur de l’objet. C’est pourquoi la simple latence du 5 se révèle aussi limite.

     

    • dans l’esprit de la gnose de Valentin, nous qualifions les intervalles dissonants de matériels. Car dans ce système un Plérôme est protégé du monde de la Matière par un éon Limite. Les intervalles dissonants (9:8 et 15:8) sont caractérisés par le nombre cubique 8 au dénominateur.

     

     

    Paires

     

     

    Tous les intervalles présentés fonctionnent par paires : à chaque intervalle est associé son complémentaire dans l’octave.

     

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     par ce principe de renversement, on comprend que la Monade soit de nature « effusive » : qu’elle se déverse naturellement dans l’octave (2:1) situé en-dessous dans la catégorie du Plérôme. On peut dire que le Plérôme est issu verticalement de la Monade « par la porte de l’octave », et que ces deux catégories fonctionnent comme des « vases communicants ».

     

    On peut rapprocher ce processus du prologue de l’évangile de Jean : « Dans le Principe était le Logos et le Logos était auprès de Dieu ». Le Principe (arkhé) apparaît comme une permutation du sommet (akros) que nous pouvons assimiler à l’octave comme réciproque de l’absolu.

     

     mais le Plérôme n’amène pas un tel débordement. Le retournement de ses intervalles ne le fait pas se répandre dans une catégorie nouvelle. Pourtant, comme nous l’avons expliqué, la Tétraktys génère une Limite par la jonction interne de ses éléments — et on peut alors légitimement qualifier ce processus d’horizontal. 

     

     comme son concept le suggère, la catégorie de Limite n’est pas une catégorie féconde : elle ne semble pas, en elle-même, capable de rayonner la catégorie de Matière. Bien au contraire, elle chercherait à protéger les trois premières catégories de son influence.

     

    Comment alors, rendre compte de la Matière ?

     

     

     

    Signatures

     

      

    Les couples d’intervalles possèdent de plus une signature : un nombre est redondant pour chaque paire d'intervalle. Il devrait sauter aux yeux que les éléments de cette suite de signatures 1—3—5—8 sont tous membres de la suite de Fibonacci. Plus profondément, ils forment comme un « empire dans l’empire » du carré magique de Saturne. 

     

     

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    Ce n’est certes pas l’unique manière de découper un petit carré de 2×2 dans le grand carré 3×3. Mais parmi les quatre possibilités, nous devons remarquer le caractère minimal de la somme 1+3+5+9 = 17, qui implique en même temps le caractère maximal du rapport 28:17. Ce rapport est en outre une bonne approximation du nombre d’or : il s’inscrit donc en un sens dans la suite des rapports 8:5 et 5:3.

     

    Parce qu'elle est à la fois maximale et dorée, cette partition nous semble canonique : et c'est en fait la partition de Jâbir. Connu dans le monde latin sous le nom de Geber, il fait reposer sa science de la Balance, vaste système d’exégèse de la Nature, sur les nombres 17 et 28. 

     

     

    Matière diagonale

     

     

    Par le lemme de Jabîr, il nous apparaît que l’ensemble des trois éons signés par 1—3—5 détermine naturellement la donnée d’un quatrième signé par le nombre 8. Cette adjonction est rendue nécessaire par le nombre de la Balance 17 qui « gouverne la constitution de tout corps dans le monde ».

     

    Contrairement aux processus précédents (vertical et horizontal) où une catégorie est émanée directement par une autre, ce processus dépend de l’action concomitante des trois catégories. On peut qualifier ce processus de diagonal : topologiquement le nombre 8 se loge dans l’angle du chevron 1—3—5, et ontologiquement la diagonale qualifie la nature adverse de la Matière.

      

    On pourra aussi noter un intéressant phénomène de dualité, que l’on résume dans un tableau qui prend des aspects quelque peu magiques.

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

    le représentant de la diaphonie est l'intervalle unique, pour chacun des couples  (unisson/octave, quinte/quarte, tierce/sixte, ton/septième) dont l’écriture est minimalement superpartielle — ce sont 2:1, 3:2, 5:4 et 9:8.

     

    le développement continu permet une reprise numérique du processus de genèse que nous décrit plus haut de manière littéraire — dans le dernier cas, nous avons inversé les opérandes pour répondre à l’idée d’une émanation qui ne serait pas proprement créative mais un effet de pur ombrage du système 1—3—5.

     

    • subsistance de la Monade   1:1
    • création du Plérôme par écoulement de la Monade   3:(1)
    • création de la Limite comme horizon du couple Monade-Plérôme   5:(1+3)
    • contre-création de la Matière comme aversion des trois   (1+3+5):8

     

     

     

    Deux principes et trois temps

     

     

    Toute cette ontologie gnostique ne constitue pourtant que le premier temps d’une cosmogonie comme celle de Mani. Ce moment antérieur (qu’on peut identifier à la Thèse) renvoie à la coexistence de la lumière et des ténèbres dans une certaine ignorance mutuelle. 

     

    LA GRUE - X, Y, Z

      

    Dans un second temps, qui est le stade temporel à proprement parler, se produit un mélange instable de la lumière et des ténèbres qui correspond à toute l’économie de la chute et de la rédemption. C’est le moment de l’Antithèse.

     

    Le gnomon 28 se présente naturellement comme un tel principe dialectique. Si pour Jâbir le nombre 17 est un "module théorique", le 28 intervient davantage pour le travail alchimique des métaux : il a donc exactement le sens rédempteur que nous donnons au principe dynamique. 

    Le nombre 7 est le hiéroglyphe des processus temporels, comme on a pu le constater sur le plan philosophique où il régit les processus dialectiques. Sur un plan plus concret on pourra évoquer des rythmes circaseptans variés : nombreux cycles biologiques qui se résolvent en 7 jours, cycles de vie qui progressent par tranches de 7 ans, cycles culturels qui se répètent tous les 500 ans (ou 7 vies humaines de 72 ans). En tant que somme 1+2+3+4+5+6+7, le nombre 28 apparaît bien comme le "rayonnement" du 7. Ce qui suggère, au passage, que le rythme de la semaine est davantage qu'une division "pratique" du mois.

      

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

    Nous sommes naturellement conduits à achever cette théodicée dans moment postérieur, qui correspond dans le manichéisme à la réintégration consciente au paradis, alors rendu inamissible.

     

    Nous proposons de symboliser cette Synthèse par le carré de Jupiter : sa constante magique 34 sonne effectivement comme un retour à l’octave supérieure de la situation originelle décrite par le 17. Et cette octave spirituelle se laisse entendre comme "métabolisation" du 8 matériel : l’expérience du Mal est une condition nécessaire pour la plus-que-perfection.

     

    Tous les carrés magiques possèdent un caractère bien ordonné, mais le carré de Jupiter est le seul à être équilibré par des constantes différentielles, calculées sur les rangs interne et externe. Plus encore, le rapport des constantes horizontales est égal au rapport des constantes verticales — 12÷4 = 3÷1 = 3. Ce qui nous fait dire que ce carré est le lieu d'un analogon ou d'un invariant qui le rend apte à exprimer un état de plénitude.

      

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    L'utilisation de ce carré par Dürer est fameuse, et nous voudrions suggérer que le contexte de sa Melencolia en supporte notre utilisation comme blason du troisième temps.

     

     

    Cuivres magistraux

     

     

    On sait que Dürer qualifiait trois de ses gravures, réalisées entre 1513 et 1514, de cuivres magistraux (Meisterstiche). La première illustre un Chevalier, que la présence de la Mort et du Diable ne semble pas perturber. Les deux gravures suivantes, Melencolia I et Saint Jérôme dans son cabinet de travail, se faisaient pendant selon Erwin Panofski, et Dürer aurait eu coutume de les présenter ensemble.

     

    Dans la mélancolie Saturne prend gravement connaissance — par la balance, le compas et le sablier — du poids, de la mesure et du nombre de toute chose. La cloche qui append au-dessus du carré de Jupiter évoque bien en revanche le maître du tonnerre, ou la clarine des ermites repoussant les démons. On peut effectivement considérer ce carré jovien comme prémices à la belle ordonnance qui règne dans ce Jérôme à la maison, dont la calebasse souligne encore le caractère domestique. Ainsi apprivoisé, le félin magnifie cette paix semée d'animaux « que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ».

     

    On ne s'est peut-être pas assez interrogé sur la fonction de Saint Jérôme au sein de cet ensemble magistral. Les milieux savants de la Renaissance ont-ils théorisé une analogie entre les évangélistes et les quatre pères de l'église latine ? En tout cas elle nous semble assez naturelle, et même facile à établir. En particulier, Jérôme y aurait pour guide l'aigle de Patmos, lui qui était le plus absorbé par l'aspect cognitif du christianisme : « Lis assez souvent et étudie le plus possible. Que le sommeil te surprenne un livre à la main ; qu’en tombant, ton visage rencontre l’accueil d’une page sainte ».

     

    La chauve-souris semble rayonner une matière cométaire dont la source est zodiacale, et elle renverra pour nous stricto sensu au-delà des planètes. Le putto surmontant le moyeu pourrait signaler une pupille oculaire — où la lentille renverse les images optiques selon une ordonnance que le glyphe >I< capture bien. A quoi répondent, entre autres, la symétrie bilatérale des trois instruments (balance, compas, sablier)  et nous oriente en fait vers une autre créature volante : le papillon est le symbole consacré de la métamorphose, du passage de la mort à la vie. On ne peut contempler son vol sans être plongé dans le souvenir, dans cette mémoire cosmique dont Saturne est le gardien. Le papillon se tiendrait sur un seuil, inversant le rêve volant qu'est la chauve-souris en pensée lumineuse de l'aigle.

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

    Nous disons donc qu'un tel système justifie une mise en relation expresse de la "huitième sphère" avec celles de Saturne et de Jupiter. Cette huitième sphère reçoit dès lors pour attribut un carré du zodiaque de rang 2 — qui ne peut être magique en tant que tel,  mais qui le devient au sein de ce dispositif, dans sa relation notamment à Jupiter qui en est la synthèse métaphysique et le double mathématique. La situation d'ignorance mutuelle entre lumière et ténèbres exposée pour ce carré 1—3—5—8 trouve bien son répondant dans la diérèse du reître et des forces adverses.

     

      

     

    Tables chimiques

     

     

    La doctrine manichéenne évoque une victoire sur le mal non par l’utilisation de la violence, mais par immixtion sacrificielle de la lumière dans les ténèbres. Pour l’essentiel nous entendons que le Plérôme, par le processus dialectique, opère d’abord une coagulation de particules dans la Matière au moyen de sa Limite. Cette Limite y joue le rôle de « vase » ou de frontière chimique.

     

    L’étude des intervalles musicaux nous avait conduits à identifier la tierce 5:4 au monde de la Limite. Nous pouvons appliquer cette « gnose » à la physique : en tant que codé par la tierce 5—4—0, l’élément 118 devrait correspondre précisément à notre terminus chimique ; ce n’est pas un élément stricto sensuNous pouvons dessiner une table circulaire des éléments.

     

    LA GRUE - X, Y, Z

     

     

    Le nombre d’éléments pour le cercle de rang n est déterminé simplement par 4n², et l'on peut encore présenter les choses dans l’esprit de Mendeleïev.

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

    Ce tableau regroupe 120 entités réparties en 117 chimiques et 3 lumineuses, auxquelles nous pouvons adjoindre la forme terminale.

     

    Le premier cercle suggère en effet l’existence de 3 éléments antérieurs à l’Hydrogène ; ils seraient des formes intermédiaires entre la lumière et la matière proprement dite. Chaque série possède un élément particulièrement représentatif, et nous redonnons les 6 gaz nobles qui génèrent ces éléments (Uranium excepté). Les 6 gaz nobles peuvent se comparer à des formes solides directes de la lumière. 

     

     

     

    2. CONVERSION DU TITAN

     

     

     

    Le "cercle chimique" pourra rappeler au lecteur la représentation classique de la Roue de Fortune. Comme dans le Tarot, elle est généralement coiffée par un personnage en équilibre, que nous verrons ici comme un analogue de notre borne. Elle semble avoir une affinité pour le thème de la navigation, ce que le graveur Heinrich Aldegrever représente de manière particulièrement claire.

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

    Dans l’antiquité, l’oie est souvent l’ornement de la poupe des bateaux : « elle tient la barre du navire de l’univers », comme l'énonce avec bonheur Claude Gaignebet, qui ajoute que Rabelais donne un nom : « Og, rescapé du Déluge (...) il dirige l’arche en pédalant des pieds comme le pilote se tient en poupe ». Il est encore remarquable que Némésis, déesse grecque de la Fortune, fût fécondée par le roi des dieux précisément sous la forme d'une oie — et que de cet oeuf naquirent les Dioscures, qui président à la navigation.

     

    La Bible mentionne effectivement un certain Og de la race géants, qui sera finalement défait par les israélites dans leur conquête de Canaan. Mais comment est-il possible que des géants aient survécu au Déluge, dont l’objet était précisément de mettre fin à leurs abominations ? La tradition juive explique qu’un certain Hurtaly (« qui a survécu ») — identifié à Og — aurait nécessairement fait partie des heureux passagers de l’arche puisque ses descendants sont mentionnés dans la Torah. Mais en raison de sa taille, il lui fallut rester dehors — comme le rapporte Rabelais : « Hurtaly n’estoit dedans l’arche de Noé. Car il estoit trop grand ; mais il estoit dessus à cheval … il luy bailloit le bransle avecques les jambes ».

     

    Autrement dit, l’arche qui résume la création s’adjoint curieusement une "exception" dont la caractéristique est justement que par son hubris elle "dépasse les bornes"Il nous semble légitime de considérer que le géant Og fonctionne comme symbole mythique de la borne chimique Oganesson : sa nature titanique le met hors du système à proprement parler, mais sa trace dans l’ordre du monde signale une limite à ne pas franchir — sous peine, rapportent les grecs, d’être châtiés par Némésis.

     

    Ce caractère violent de Némésis est une différence importante avec les Roues de la Loi impassibles de l'Orient. Némésis trahit l’influence d’une philosophie dualiste, où non seulement la limite existe — tous les actes ne sont pas homogènes — mais où c’est encore la vengeance qui punit la démesure. Elle possède le double aspect du géant Og : en tant qu’elle pose la limite, Némésis fait Loi, et en tant qu’elle punit violemment, elle relève de forces non-humaines. Le nom grec de l’oie (kenos) trahit effectivement la puissance d'un abîme (ken) où tout peut disparaître.

     

     

    Nombre titanique

     

     

    Et les nombres dans tout ça ? A première vue, nous pourrions simplement dire que 118 est le double de 59. Or il est possible d’interpréter le nombre 59 à la lumière de la numération sexagésimale des babyloniens : système qui n’a rien d’arbitraire comme nous l’avons suggéré plus haut. Le 59 sera au système de base 60 ce que le nombre 9 est au système de base 10, son dernier élément. Les qualités du nombre 9 seraient donc quelque peu transposables au 59. Pour les Pythagoriciens, le 9 était à la fois Prometheus et Okeanos, parce qu’il marquait la frontière avec la Décade sacrée. 

     

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

     

    On ne peut s’empêcher ici de remarquer la nature titanique de ces deux gardiens. Notons toutefois leur nature bénéfique : ils font partie de la poignée de titans que Zeus récompensera pour leur aide durant la titanomachie. La décomposition de 118 en facteurs premiers (2×59) révèle un code génétique simple, où le facteur 59 est le plus significatif, mais dont le facteur 2 souligne l'ambivalence : le titan peut être bénéfique ou maléfique.

     

     

     

    Désactivation de Saint-Paul

     

     

     

    Nous avions compris le création des particules comme le résultat d’un sacrifice de la lumière, d’un moyen pour vaincre la ténèbre : les particules n’ont pas vocation à exister de toute éternité. Dans un premier temps, celui de la brisure des vases, la lumière se mélangeait aux ténèbres pour les coaguler en particules de plus en plus lourdes. Cette « mise en coquilles » étant médiatisée par la Limite, qui joue pour ainsi dire le rôle de moule.

     

    Un second temps s’amorce lorsque le sacrifice est matériellement achevé : le tikkun désigne alors le processus par lequel les particules sont progressivement dissoutes. Le processus est encore médiatisé par la Limite, mais selon une polarité inversée : désormais elle désactive les enveloppes matérielles. La lumière peut faire sa mue, et la ténèbre s’en retourner désamorcée au néant.

     

    Il nous semble que ce changement de polarité correspond à ce que saint Paul appelle désactivation de la Loi : « telos tou katargoumenou » qui signifie à la fois désactivation (katargesis) et accomplissement (telos). Cette désactivation s’apparente encore à un retournement : ainsi ce n’est plus le corps, mais le coeur qui doit être circoncis.

     

    Au point d’inflexion du temps, les puissances démoniques gardiennes de la loi naturelle sont paralysées, faute de quoi la création serait figée dans sa forme. Alors le principe titanique est métamorphosé en puissance d’autonomie et d’amour.

     

    Traditionnellement, les démons sont « enchaînés » plutôt que détruits ; ce qui pourrait être un indice que leur existence reste nécessaire à l’ordre du monde. C’est ce que le livre de Jude (1:6) exprime de manière éminente : « réservés dans des chaînes éternelles jusqu’au jugement du grand Jour ».

     

     

      

    3. KABBALE DE VITRUVE

     

     

    Dans son De Architectura, Vitruve divise l'architecture en trois parties : construction des bâtiments (aedificatio), science des cadrans solaires (gnomonice) et mise au point de machines (machinatio).

     

    Vitruve précise encore que « ne peuvent se dire architectes que ceux (…) ayant gravi depuis l'enfance les marches de ces disciplines » : lettres, dessin, mathématiques, histoire, philosophie, physique, musique, médecine, droit, astronomie. Et bien que « personne ne puisse prétendre au raffinement pour chacune d’elles », la polymathie reste l’horizon de l’architecte traditionnel, et sa méthode est fondamentalement celle des arts libéraux.

     

    Le cursus théorique donné par Vitruve n’est pas septénaire, mais nous pensons avoir établi que l’idée d’un tel "cursus divin" était contenue dans le Quadrivium dont héritèrent les Romains. Et c’est conformément à leur génie national que Vitruve, Capella ou Boèce auraient senti le besoin de déplier les diverses modalités de la mousiké grecque (tout à la fois musique, poésie et théâtre) dans le cursus proprement littéraire du Trivium.

     

    Aussi pensons-nous que la formation idéale de Vitruve peut être reconduite au paradigme des arts libéraux, et que leur septénaire détermine la triple mission (constructive, gnomonique, mécanique) de l'architecte. Nous prétendons que :

     

    • la science des machines est une sécularisation de la mécanique céleste, qu’elle se rapporte à l’Analyse en tant que géométrie appliquée.
    • la science des édifices se rapporte à la Topologie en tant que géométrie pure
    • la science des cadrans solaires se rapporte à l’Algèbre en tant qu’art du comput

      

    Nous souhaiterions mettre ces aspects de l’Architecture en rapport avec la triple mission que Rudolf Steiner assigne à la Franc-Maçonnerie. Selon lui, elle doit promouvoir un développement selon trois directions : un occultisme eugénique, un occultisme hygiénique et un occultisme mécanique. Ces expressions originales sont suffisamment transparentes pour nous dispenser de les commenter, et nous renvoyons le lecteur curieux aux conférences de Rudolf Steiner.

     

     

    Occultisme eugénique

     

     

    Il nous semble légitime de considérer l’occultisme eugénique comme relatif à la science du temps des accouplements — dont on peut aisément imaginer qu’elle a trait à une forme de kabbale ou d’astrosophie — afin de favoriser certaines incarnations.

     

    De telles idées ont déjà été développées, par exemple dans la tradition juive, et nous donnons la description de La Lettre sur la sainteté (traduite par Charles Mopsik) qu’en donne son éditeur : « Son but est d’enseigner à son lecteur l’attitude la plus propice, avant et pendant la relation intime, pour engendrer des enfants justes et par conséquent, pour inscrire sa descendance au sein de la chaîne des générations dont résultera la naissance du Messie ».

     

    En réalité, il faudrait concevoir cet art du temps selon une direction complémentaire déjà reconnue par les astrologues : à la science des conceptions humaines (généthliaque) il faudrait encore adjoindre la science des inceptions (katarchique), qu’on peut comparer à une science du calendrier ou des moments favorables.

     

     

    Occultisme hygiénique

     

     

    La relation de l’occultisme hygiénique au domaine des édifices requiert de prendre le terme de construction au sens radical, comme désignant la capacité de « faire tenir ensemble ».

     

    C’est l’objet de la stéréotomie. Après avoir connu ses heures de gloire à la Renaissance, elle renaît dans la science des matériaux sous la forme du topological interlocking. Par métaphore, le Trait désigne chez les Maçons l’art de se comporter dans la société, ou comme l’on dit couramment « d’apporter sa pierre à l’édifice ». Jadis les communautés étaient portées par l’architecture à l'avenir nous devrons apprendre à nous cimenter dans l’invisible, par la pratique d’une vie rituelle qui ressort de l’hygiène occulte.

     

    La possibilité d’ajuster et d’exalter des éléments hétéroclites dans un tout supérieur se rapporte proprement à l’alchimie, dans la mesure où le mot grec khumeia désigne un « art de fondre ». En c’est précisément le sens de la pharmacie traditionnelle, qui reposait sur l’art de composer les ingrédients ; bien que la médecine moderne préfère extraire et administrer brutalement des principes actifs, le sens d’une telle « architecture chimique » perdure en parfumerie, par exemple. En ce sens, la médecine occulte désigne une forme de médecine qui renoue avec le principe de la composition des remèdes, mais dans un sens renouvelé : plus que la composition des substances — le quoi — c’est la manière de les préparer — leur comment — qui devrait devenir prépondérant.

     

    La médecine rituelle honore Hygie, et la médecine pharmaceutique honore Panacée : les deux filles principales du « médecin irréprochable » invoquées dans le Serment d’Hippocrate.

     

     

    Occultisme mécanique

     

     

    L’occultisme mécanique couple des forces morales au monde minéral. C’est une capacité de mettre en branle des dispositifs mécaniques par une force de sainteté. Ici nous donnons pratiquement une définition de la magie (qui dérive de la même racine que mécanique) en tant que pouvoir d’agir sur le monde matériel par des forces surnaturelles.

     

    Cette mécanique peut se décliner sur le mode de l’assistance des corps par la prothèse, ou sur le mode de l’assistance du corps social par les machines. Les techniques dont il est question ici, issues des forces de moralité, ne sont pas déshumanisantes.

     

     

    Triade avestique

     

     

    Nous allons présent proposer une « reprise » de ces 3 dimensions de l’occultisme dans une perspective plus linguistique. Jean Haudry a dévoilé que la "triade avestique" (pensée, parole, action) structure en réalité toute la famille des langues indo-européennes par les racines primitives men- (penser) wek- (parler) et werg- (faire). A l’époque reculée où se produisirent la genèse ethnique et linguistique indo-européennes, il est clair que les sonorités possédaient une force d’évocation palpable. En utilisant la même remarque phonétique que précédemment, relative à la parenté du K et du G, nous pouvons imaginer que les facultés de parole (wek) et d’action (werg) ont été « senties » comme très proches — ce qui imprime une certaine asymétrie à la triade.

     

    Par ailleurs, cela semble historiquement conforme puisque ce nouveau type de langue, dont on peut dire avec Johannes Lohmann qu’il est le « précurseur de la science », semble émerger historiquement en même temps que les facultés supérieures du penser : et c’est comme si la nouvelle langue avait « enregistré » l’originalité de cette faculté nouvelle par rapport aux facultés plus anciennes de la parole et du faire.

     

    Permettons-nous une remarque phonologique un peu plus technique. Dans les racines wek- et werg- précédentes, le W n’indique pas pour nous une « semi-consonne » mais se confond essentiellement avec la consonne V — variante voisée du F. Contrairement aux 5 couples similaires de consonnes sourdes/sonores, le couple F/V est articulé de manière mixte (labio-dentale). Ce couple tend pour nous, sur un plan plus pratique que théorique, à se lier à la classe des consonnes « simples » (nasales et liquides). Et si les consonnes F/V se « projettent » vers l’extérieur, les nasales M/N montent très concrètement vers le cerveau. La polarité entre les deux groupes de facultés (men-, wek- & werg-) s’illustre ainsi de manière très sensible.

     

    Jean Haudry donne un exemple superbe qui résume sa découverte : le mythe slave du dieu printanier Yarilo, qui par l’éclair a donné à l’homme la pensée, par le tonnerre la parole, et par la foudre à la fois le feu et l’éveil, le « feu de l’action ». Les Anciens ont bien différencié l’éclair atmosphérique de la foudre qui tombe sur terre — en particulier, l'électricité développe des propriétés cristallisantes quand elle frappe le sol (et selon une tradition druidique reprise par Plutarque, les truffes sont un produit de la foudre).

     

    Ces trois puissances sont en fait exactement celles des Cyclopes : Argès (éclair), Brontès (tonnerre) et Stéropès (foudre) qui fabriquent le foudre utilisé par Zeus pour défaire les titans. Suivant l’indication que donne Charles André Gilis dans Le Maître de l’Or nous rapprocherons par cabale phonétique la grue (geranos) du foudre (keraunos) — la consonne G n’étant que la variante voisée de la consonne K. On donnera à ce vajra une forme stylisée et nous serons dès lors mieux armés pour comprendre la relation qu'entretient la grue avec la double-hache (labrys) qui donne son nom au labyrinthe.

                                                                                                        

                                                                         LA GRUE (3/3) - Gnose

     

    La position du pied de grue répond encore au symbolisme du pilier cosmique, que le Rig Veda identifie à Agni et qu'il compare à l'atmosphère orageuse dont le pied unique (ekapada) "soutient le ciel". Mais cet oiseau-tonnerre sera plus simplement pour nous l'oiseau-Tau.

     

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

      

     

    Dans son étude sur la Religion cosmique des Indo-européens, Jean Haudry a encore mis en évidence le lien entre ces trois pôles humains et les trois castes que l'Inde appelle des couleurs (varna) : dans son parcours quotidien, le Soleil colore effectivement le ciel diurne du blanc des oratores, le ciel crépusculaire du rouge des bellatores, et le ciel nocturne du noir des laboratores ; il s'agit des "couleurs alchimiques" qu'arbore notre grue.

     

    Déplaçons-nous maintenant du domaine indo-européen vers le domaine sémitique, où l’on peut observer une même imprégnation triadique. Dans la tradition du Zohar, les sephiroth Hesed, Geburah et Tipheret sont comparées à des pommiers dont les fruits sont blanc, rouge et jaune-vert (yaroq) — et qui transmettent leurs influences à la sephira Malkhout, comparée à un « champ des saints pommiers » qui se tient sous eux. Ce qu'on peut représenter de manière exemplaire avec la figure du triangle gnomonique.

     

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

     

    Depuis la découverte des manuscrits de la mer Morte, on s’accorde davantage à reconnaître que les Esseniens n’attendaient pas seulement un Prophète et un Messie, mais trois vaisseaux pour le Messie : un Roi, un Prophète et un Prêtre. Observons que les 4 évangélistes y répondent par leur incipit : alors que Luc et Matthieu commencent par des récits de nativité (respectivement sacerdotale et royale), c'est par l'action du prophète Jean-Baptiste que s'ouvre l'évangile de Marc. En regard des synoptiques, Jean proclame la descente de la Parole cosmique qui est Onction et lumière viride pour les hommes.

     

    • nous comprenons la science des Prêtres comme capacité de faire descendre la baraka (B-R-K) ; notons bien sa parenté avec l’éclair (al-barq) qui prend ici toute sa valeur de foudre : c’est la force brûlante des Séraphins. Le prêtre qui fait descendre l’influence spirituelle dans le temple fonde le mystère de la Shekinah.

     

    • nous prêtons aux Prophètes les traits des chérubins (K-R-B) ; car ils ont précisément en charge les deux fonctions que les babyloniens assignaient à leur kâribu (dont le nom signifierait prière perpétuelle et adoration ininterrompue: celle de sentinelle et celle d’intercesseur.

     

    • la science des Rois-Mages, l’art royal qui a pour objet de la direction spirituelle du « vaisseau terre » se rapporte à la merkaba (R-K-B) en tant que ce mot signifie d’abord conduire le char, mais aussi zodiaque et Trône.

     

     

    Sous forme de litanie : le prêtre induit, le prophète traduit, le roi conduit.

     

    En relation avec les occultismes, nous dirons alors :

    — le prêtre induit les âmes dans les matrices

    — le prophète traduit la conscience de la communauté

    — le roi conduit les forces du monde

     

    La foi juive est structurée par deux grands thèmes : la sainteté (kadosh) et la gloire (kavod). Le hassidisme médiéval différenciait la gloire du « grand rayon appelé Shekinah », en lien avec la Création, d’une seconde gloire, celle qui Révèle le Saint sur le trône. En nous inspirant de ces mouvements, nous proposons une circulation de la Prière qui récapitulera notre discussion.

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

     

     

    EPILOGUE 

     

     

     

    Claude Lévi-Strauss avait remarqué que le thème de l'opposition sanglante entre des oiseaux aquatiques et un peuple de nains était attesté aussi bien dans l'Antiquité classique qu'en Amérique ou en Extrême-Orient. La géranomachie ou « combat entre les pygmées et les grues » reste à ce jour un thème bien mystérieux. On a essayé de l'expliquer par des arguments littéraires (effet de comique) — guère convaincants compte tenu de la diffusion du mythème. L'ethnologie fournira des indices plus heureux, mais disparates, en relevant des antinomies variées entre ces créatures.

      

    Le pygmée est un être liminal, qui peuple durant sa courte vie les grottes ou les marécages : terres informes dont la mise en ordre est à peine ébauchée. Une ambivalence du reste patente dans la figure du nain — créature inachevée mais riche de forces démiurgiques puisées aux profondeurs de la terre. Son nom fait référence au poing : fabuleux raccourci qui condense en un mot sa nature indistincte, sa petite taille (1 coudée) et sa pugnacité. Par opposition la grue est un symbole du nombre 7, du voyage et du ciel. Leur goût pour la pureté est illustré par une anecdote de Jamblique, qui rapporte comment les grues ont aidé à confondre des meurtriers. C'est un oiseau élancé, associé à la longévité.

     

    Cette opposition diamétrale possède un répondant céleste : comme nous l'avons indiqué les grues s'identifient à la constellation des Pléiades, tandis que la qualité chthonienne des pygmées pointe vers la constellation du Scorpion. Cette lutte entre les pygmées et les grues se présente pour nous comme une expression de l'archi-polarité entre le 1 et le 7 — tension entre la queue et la tête du dragon qui déchire la nuit dans une pluie de lait. C'est dans cet esprit que nous lirons l'épitaphe d'Alain de Lille : 

     

     

    « Qui duo, qui septem, 

    Qui totum scibile scivit »

     

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

     

     

    LA GRUE (3/3) - Gnose

     

     

     

     


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