• Jean-Luc Périllié 2012

     

     

    Courriers

      

    Jean-Luc Périllié : Symmetria et rationalité harmonique, origine pythagoricienne de la notion grecque de symétrie, L'Harmattan, 2008.

     

     

    Le grand mérite de cet essai est d'avoir réussi, le premier, à associer un concept mathématique indiscutable à la doctrine de Pythagore : celui de symétrie. Or ce concept avait trois avantages très importants : être mathématiquement précis, être philosophiquement productif, être un trait d'union entre les principaux concepts mathématiques hérités de la tradition, auxquels notre blog s'est particulièrement intéressé. Par là, la thèse de Jean-Luc Périllié a rendu un réel service à la compréhension des choses.

    Mes deux lettres en réponse aux courriers de Jean-Luc Périllié ont été synthétisées dans l'article : Foi religieuse ou foi scientifique? (G. Denom)

     

     

     

     

    16/08/2012

     


    Bonjour,

     

    merci de m'avoir contacté. J'ai parcouru un peu votre blog qui paraît mathématiquement très fourni, très détaillé et très pédagogique.

     Ravi de rencontrer un Pythagoricien bien vivant en notre époque.

     Toutefois, le fossé que vous signalez entre l'exégète du pythagorisme et le pythagoricien n'est pas aussi infranchissable que vous le laissez supposer.

     Puis-je me permettre de poser une question globale cependant?

     Préalablement à toute présentation du pythagorisme mathématique ou autre, ne faut-il pas poser le problème des sources?

     Que savons-nous à cet égard du premier pythagorisme, antérieurement à la dégradation que vous déplorez? Quelle est votre position à cet égard?

     Bien cordialement.

     

    Jean-Luc Périllié
    Maître de Conférences en philosophie
    Université Paul Valéry, Montpellier III

     

     

     

     

     

    24/08/2012 

     

     

     Cher Monsieur,

     

    merci pour vos longues explications concernant le problème des sources. Je souscris à vos remarques concernant la paralysie que représente l'excès d'exigeance à cet égard, et je m'aperçois que votre position est en fin de compte plus enviable que la mienne. Puisque vous vous dites "pythagoricien", vous n'avez pas à vous soucier outre mesure de l'authenticité des sources les plus anciennes, l'important pour vous étant finalement de reprendre la tradition et de la prolonger.

    Pour ce qui me concerne, je suis à la fois historien et, comme vous pouvez le voir dans la conclusion de mon livre, plutôt sympathisant envers ce mouvement. Du coup, je ne peux pas ne pas m'affronter à ce problème important. C'est un préalable incontournable. D'où la question que je vous posais, qui était sans malice véritable. Et je ne peux que constater que vous avez tout à fait raison de souligner le fait que l'historien doit quelque peu "se mouiller" pour pouvoir avancer des hypothèses, des perspectives interprétatives nouvelles. C'est effectivement ma ligne de conduite. Et je suis très heureux que vous l'ayez remarquée. Ligne de conduite qui s'est avérée finalement "payante" puisqu'elle ne m'a pas empêché, contre toute attente, d'entrer dans l'institution universitaire pourtant censée être vérouillée en France par les historiens de la philosophie ancienne de la tendance hypercritique.

    Votre idée que toutes les propriétés mathématiques proviendraient génétiquement de la tétractys est assurément des plus intéressantes. Cependant je vous avouerais que, ces derniers temps, j'ai quelque peu délaissé le domaine de l'histoire des mathématiques anciennes pour m'intéresser davantage à la dimension "religieuse", ou plutôt mystérique, du mouvement et à ses interactions avec la philosophie socratico-platonicienne.

    D'ailleurs, l'intuition originaire qui avait gouverné mon travail résidait moins dans la philosophie du nombre proprement dite que dans l'étude de la filiation orphisme, pythagorisme, platonisme (que je considère comme relevant d'un déploiement "dynamique" dans un sens bergsonien). Cependant, au niveau de la problématique, c'était l'évincement de la symétrie de proportion dans la pensée moderne qui m'avait interrogé, alors que cette pensée avait un caractère extrêmement fécond, se déployant dans des domaines très divers, comme la médecine, entre autres.

    Je suis d'accord pour convenir que le terme "mystique" paraît discutable, bien qu'il soit étymologiquement justifié. Néanmoins, cette partie de mon travail avait un caractère quelque peu provocateur. Je ne voulais pas blanchir Pythagore, faire de lui un penseur rationaliste au sens moderne du terme, un pur mathématicien musicologue.

    C'est l'objet de mon travail actuel d'essayer de préciser les liens entre pythagorisme et cultes des mystères, en m'appuyant principalement sur les renseignements que l'on trouve dans une source assez ancienne et abondante : les dialogues de Platon. Vous devez connaître l'ouvrage de Kingsley sur Empédocle et la tradition pythagoricienne. Je me situe maintenant dans les perspectives ouvertes par cette étude très forte et très brillante.

    La question de l'ésotérisme est effectivement au coeur du pythagorisme mais je ne crois pas qu'elle découle principalement des grandes figures de la Renaissance dont vous parlez. Elle va de pair avec la question de l'oralité dont vous parlez.

    Toutefois, en parcourant votre blog je me suis dit que l'arrivée d'internet permettant un accès direct à toutes les connaissances, pouvait donner lieu à une présentation synthétique du pythagorisme, comme n'importe quel autre courant. Nous sommes entrés dans l'ère de la divulgation à grande échelle. Mais peut-être conviendrait-il de le préciser? au moins de mentionner l'ancienne pratique du secret pythagoricien?

    Il est très intéressant de voir comment la pratique du secret dans l'ancien pythagorisme est devenu, chez Platon, "retention de l'information" selon les analyses de Thomas A. Szlezak, par exemple.

    Y a-t-il eu vraiment une décadence dès l'extinction de la secte de Pythagore ? Je vois plutôt la reprise platonicienne du pythagorisme comme une illumination, un phare destiné à guider les hommes durant des millénaires. Le néoplatonisme est de fait le retour et la réactivation de la tradition dans l'antiquité tardive, comme l'avait bien vu Simone Weil.

    En tout cas merci d'avoir répondu longuement à ma question. Merci aussi d'avoir lu en détail mon livre et je prends note de vos remarques sur H. Weyl. Je suis ravi de cet échange. Et je ne peux que vous encourager à persévérer dans votre objectif d'exposer et de prolonger la tradition pythagoricienne.

    Bien cordialement,

    Jean-Luc Périllié

      

     

     

    Peter Kingsley

    Empédocle et la tradition pythagoricienne

    Les Belles Lettres, 2010

    Courriers

     

     

     

    Jean-Luc Périllié 2012

     Thomas Szlezak

    Le plaisir de lire Platon

    Editions du cerf, 1997

     

     

     

     

     

     

     

      

     


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