• Actualités, débats & courriers

     

     

    07 / 09 / 2012

     

     Cher Guillaume,


    Ta réponse m'apparaît convaincante globalement, même si pour ma part je relierais quand même, sans l'y réduire, le libéralisme au calvinisme, comme le faisait Max Weber, éclairant ainsi l'énigme de l'accumulation primitive.
    Je ne vois pas pourquoi tu ne souhaites pas que les gens te répondent sur ton blog. Je trouve plutôt ces échanges enrichissants et encourageants. Je trouve d'ailleurs que tu donnes au passage des éléments biographiques qui éclairent de manière bien plus directe ton travail. Il me semble que l'unité que l'on peut voir dans ta démarche, linguistique puis mathématique, est le souci justement de substituer la "monstration" (je me réfère également à une conversation que nous avons eue cet été) à la démonstration, et d'installer le lecteur dans le double reflet du nombre et de la figure, en lui interdisant de privilégier l'un ou l'autre, et en évacuant ainsi la question de l'origine. La monstration permettrait de voir l'unité, sans la décomposer, et éviter de faire, à l'aide d'une démonstration de l'un avec du deux.  Avec ces indications, il me semble entrevoir les deux bouts de ta chaîne. Du côté du langage, je te prêterais ce propos : c'est parce que quelque chose remplit telle fonction que l'on est conduit, par manque d'attention à cette fonction, à décomposer le phénomène en rapport d'un signe et d'un sens, ou, si l'on veut, d'un signifiant et d'un signifié, à négliger la pragmatique au profit de la sémantique. Il me semble que ton intérêt pour la mathématique pythagoricienne, et ton souci de ramener nombres et figures à la tétractys, répondent aux mêmes ambitions.  Ce qui me manque est ceci : qu'est-ce qui te conduit à passer de l'étude du langage à l'étude des mathématiques et de la géométrie ? Je serai plus direct : y vois-tu une structure commune ? Encore plus direct : qu'as-tu contre la démarche consistant à décomposer un en deux ? Je pense que tu devrais saisir l'occasion que te fournissent ces demandes de tes interlocuteurs pour ressaisir l'unité de ta démarche, car le biographique ici n'a rien d'anecdotique mais montre l'ossature générale d'un projet dont on perd l'unité lorsqu'on s'égare dans ses développements plus pointus et techniques. L'idée d'un film me paraît excellente mais je crois que tu devrais viser un film où s'exprimerait l'unité linguistique, géométrique, mathématique et musicale que pointent tes écrits, et qui serait l'occasion de saisir, sous une forme sensible, cette unité. Une belle forme, décourageant tout projet de décomposition, rendrait même oiseuse les questions que je te posais ci-dessus. Je suis certain que le sensible relancerait ton goût pour l'expression verbale, comme peut le relancer l'association miraculeuse, parfois, d'images et de musique. Je suis de plus en plus persuadé du génie d'auteurs tels que Nietzsche ou Wittgenstein (Ponge aussi, en poésie, co-engendrement de phrases et de choses) chez lesquels sens et forme de la phrase demeurent indissociables, dont les phrases, par leurs formes mêmes, interdisent le projet de dissociation, de décomposition. 
    Bien à toi.

     

    (Antoine Abrassart - "The True" Scorpio Rising)

    Courriers

     
     
     
     
     
     
     
     
     

    03/10/2012

     

      

    Cher Monsieur,

    merci beaucoup de votre envoi et de ce nouveau lien.

    Parce que j’ai à peine vu passer le mois de septembre (rentrée, colloques, etc), j’ai tardé à vous dire le bien que je pensais de votre “premier” site, informatif, rigoureux, clair et bien présenté. Je viens de voir, sur le nouveau, l’intervention de JL Périllié, (dont je possède et apprécie l’ouvrage, que j’ai d’ailleurs cité récemment à l’occasion d’un petit travail sur le “pythagoricien” italien A. Reghini) et qui me paraît tout à fait pertinente. Il faudra d’ailleurs que je le questionne sur sa conception de l’”ésotérisme”, qui appellerait selon moi quelques développements supplémentaires.

    Le reste est intéressant mais trop technique pour ma formation:
    je vois, en gros, de quoi il s’agit mais ne puis intervenir.

    Comme toujours, le problème c’est le temps disponible, mais soyez assuré que je vais suivre votre blog autant que possible!

    Merci encore et bien cordialement à vous

    Jean-Pierre Brach
      

     

      Courriers

     Arturo Reghini

    Les nombres sacrés dans la tradition pythagoricienne maçonnique

     

      

    06/10/2012  

      

     

    Cher Monsieur,

    j’avais cru comprendre que vous aviez synthétisé
    des vues extraites de courriers à vous adressés par JLP.

    A l’évidence, j’ai lu un peu vite, ce qui n’ôte rien
    à l’intérêt des considérations visées, qui sont de vous
    et non de JLP, voilà tout!

    Je n’ai rien contre Guénon, que je fréquente pour raisons
    professionnelles et qui est loin de n’avoir dit que des sottises.
    Ce n’est pas un historien, ni un auteur académique, soit, mais
    cela ne retire pas pour autant toute valeur à son oeuvre.

    Si vous êtes intéressé à de telles perspectives, avez-vous lu
    L’Espace symbolique d’E. Barazzetti (Archè-La Nef de Salomon, 1997)?
    L’auteur est un authentique mathématicien professionnel, qui enseigne cette discipline à l’Université de Milan.

    Il nous faudra reparler un jour, j’espère, de vos “trois états” de Pythagore.

    Bien cordialement

    Jean-Pierre Brach
     

     

     

    Courriers, réactions

                                                                         Courriers

     

     

     

     

     

     

     

     René Guénon                                                                                        Enrico barazzetti

    Les états multiples de l'Etre                                                               L'espace symbolique

    Développement du symbolisme mathématique

    des états multiples de l'Etre

     

     

     

     

     22/10/2012 

     

     
     
    Cher Monsieur,

    je suis heureux que le livre de M. Barazzetti vous ait intéressé,
    comme je l’espérais.

    Cependant, d’un côté vous me dites que sa “visée est trop vaste”, et simultanément que l’auteur devrait sans doute assumer le symbolisme mathématique “dans un cadre plus vaste” que celui offert par l’oeuvre de Guénon.
     
    Je puis vous assurer que M. Barazzetti, mathématicien professionnel comme je vous l’ai dit, n’est nullement “guénonolâtre” et se trouve parfaitement à même de prendre ses distances avec les affirmations de Guénon, d’ordre mathématique ou non. Simplement, il y a là un “cadre de référence” qui lui paraît idoine à la définition de la nature de l’espace et du rôle des mathématiques dans l’assignation d’une métrique “universelle”, aussi bien à les considérer en soi que dans certaines de leurs transpositions symboliques. Naturellement, cela suppose inévitablement la connaissance préalable de RG, et je ne vous en aurais sans doute pas parlé si vous ne m’aviez dit vous-même être familier de cette oeuvre.   

    Quant à mon petit ouvrage, les PUF n’ont pas l’air très désireuses de le rééditer, j’ignore pourquoi. Au demeurant, j’ai obtenu mon “bâton de maréchal” le jour où j’ai appris que l’exemplaire de la salle des usuels bibliographiques à la BnF (alors que celle-ci était encore à Richelieu) avait été dérobé... Depuis, je ne passe tout simplement plus les portes!

    Bien cordialement à vous

    Jean-Pierre Brach


    PS: pour info, et à tout hasard, je vous signale deux ouvrages
    d’un autre mathématicien italien, qui n’est pas du tout “guénonien”:

    Paolo Zellini, Gnomon, Adelphi, 1999 ; Id., Numero e Logos, Adelphi, 2010.
     
      
     CourriersCourriers  
    Paolo Zellini                                                                                         Jean-Pierre Brach

    Gnomon                                                                                 La symbolique des nombres

    una indagine sul numero

     

      

     

      15/11/2012  

     

    Cher Monsieur,

    trop brièvement et avec retard, je réponds à vos éclaircissements.

    En ce qui concerne M. Barazzetti, je crois, le symbolisme mathématique détient vraiment une valeur universelle, mais à l’intérieur des perspectives mises en oeuvre par RG qui l’encadrent, orientent et définissent ses significations et sa portée, et hors desquelles il est voué à être mécompris ou dénaturé.

    A tort ou à raison, il ne fait aucun doute pour moi que l’universalité du symbolisme mathématique constituait pour RG un principe acquis, mais dont les significations revêtent nécessairement des expressions culturelles différentes. Derrière ces expressions demeurent les réalités numériques et géométriques infrangibles: un triangle n’a jamais 5 côtés et n’est pas représenté par le nombre 8, où et à quelque époque que ce soit.

    Le vrai filigrane universel, en ce sens, réside semble-t-il dans la nature même des objets mathématiques et des opérations ou algorithmes auxquels ils se prêtent, ainsi que dans leur rapport ontologique et cognitif intrinsèque à la réalité cosmique. Le mécanisme universel de l’analogie, par exemple, fait partie de ce rapport, tandis que le contenu de telle ou telle analogie particulière est toujours culturellement conditionné, par la force des choses: 3 ne peut renvoyer à la Trinité qu’en contexte chrétien.

    Ceci n’implique, je crois, ni “esprit de système” ni désir inavoué d’exprimer l’indicible en totalité, d’autant que pour RG la “doctrine traditionnelle” (dans sa dimension métaphysique) est bel et bien universelle – c’est son expression (y compris sous forme symbolique) qui est conditionnée et limitée. Aussi bien, “universalité” et “infinité” de la doctrine (selon les possibilités de conception qu’elle offre, et indépendamment de ses supports d’expression) sont deux aspects liés mais distincts. En ce sens, et quoique universel à mon sens chez lui, le symbolisme mathématique (ni nul autre) ne saurait en tant que tel être “infini”, ni épuiser la doctrine, surtout en ce qu’elle a d’indicible. Le symbolisme, quel qu’il soit, n’est jamais chez RG qu’un langage et, par conséquent, un moyen.

    Au demeurant, sur linguistique et symbole, vous connaissez certainement les travaux (thèse) de J. Borella.

    Bien cordialement à vous

    Jean-Pierre Brach
     

     

     

    Jean Borella

    Histoire et théorie du symbole

     

    Courriers

     

     

      Courriers

                      René Guénon

                      Symboles de la science sacrée

      

     

     

      22/11/2012  

      

    Cher Monsieur,

    prenez évidemment tout votre temps (je sais ce que c’est!).

    J’espérais bien que les qualités rares de l’ouvrage de mon ami
    Barazzetti finiraient par se révéler à vous et je me réjouis que
    ce soit effectivement le cas.

    Nous aurons l’occasion de reparler de tout cela un jour, j’espère de vive voix.

    Bien cordialement à vous

    Jean-Pierre Brach